ENSEIGNEMENT

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Enseignement
1. Le cours d'enseignement social chrétien:
2. Plan du cours de l'année
3. Bibliographie
4. L'actualité de l'enseignement social chrétien. Méthode et démarche
5. Readers des textes du cours

1. Le cours d'enseignement social chrétien:

Le CIDRESOC (Centre de Documentation et de Recherche en Ethique Sociale Chrétienne) est un Centre interdisciplinaire de la Faculté de théologie de l'Université de Fribourg. Chaque année, dans le cadre de ses activités d'enseignement, le Cidresoc organise un cours sur l'Enseignement Social de l'Eglise.
Ce cours cyclique  - sous la responsabilité des Professeurs R. Berthouzoz op pour la théologie, N. Michel pour le droit, J-J. Friboulet pour l'économie et F. Python pour l'histoire fait systématiquement appel à des personnalités compétentes pour intervenir sur l'un ou l'autre thème abordé dans le développement de la thématique annuelle.
En alternance sur deux ans ces cours-conférences proposent une introduction à l'enseignement social chrétien et un approfondissement dans une thématique particulière. L'année académique 1996-97 a porté sur les textes fondateurs de l'enseignement social et les contextes dans lesquels ils s'inscrivent (cours d'introduction). En 1997-98, nous avons traité du bien commun (cours thématique). L'année académique 1998-99 se penche sur l'histoire et le sens de l'enseignement social (cours d'introduction).

 

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3. Bibliographie
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I Ouvrages généraux

AUBERT, J-M., Pour une théologie de l’âge industriel, Paris, 1971.
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BASTAIRE, J., Civisme mode d’emploi, Paris, 1995.
BAUSOLA, A., éd., L’insegnamento sociale della Chiesa, Milan, 1988.
BELLANGER, H., Dir., Le civisme : vertu privée, d’utilité publique, Paris, 1996.
BIGO, P., La doctrine sociale de l’Eglise, P.U.F., Paris, 1965.
BOISGELOT, R., L’Eglise et le monde moderne, Paris, 1936.
BRINKMANN, C., Gesellschaftslehre, Berlin, 1925.
CALVEZ, J. Y., PERRIN, J., Eglise et société économique - l’enseignement social des Papes, de Léon XIII à Jean XXIII, t. 1-2., Paris, 1959.
CALVEZ, J-Y., L’économie, l’homme, la société, Paris, 1989.
CARRIER, H, éd., Nouveau regard sur la doctrine sociale de l’Eglise : guide d’étude, Cité Vatican, 1990.
CELAM, (éd.), Doctrina social de la Iglesia. Identidad teologica y pastoral, Bogota, 1994.
CELAM, (éd.), Manual de doctrina social de la Iglesia, Bogota, 1997
CELAM, (éd.), Desarrollo humano y crecimiento económico. Confrontación y diálog. Documentos del encuentro «Desarrollo humano y desarrollo económico: una respuesta a la opción preferencial por los pobres», Bogota, 1989.
CELAM, (éd.), La dimensión social de la pastoral. Desafíos y respuestas en América Latina, Bogota, 1992.
CELAM, (éd.), La migración. Aspectos bíblicos, teológicos y pastorales, Bogota, 1992.
CELAM, (éd.), Nuevo desarrollo con justicia social. Encuentro Iglesia y Trabajadores, Bogota, 1990.
CENTRE DE RECHERCHE ET D’ACTION SOCIALE (CERAS), Le discours social de l’Eglise catholique, de Léon XIII à Jean Paul II, Paris, 1994.
CHABOT, J. L., La doctrine sociale de l'Eglise, Paris, 1992.
CHRISTIAENS, A., DERMANGE, F., éd., Les Eglises protestantes et la question sociale. Position oecuménique sur la justice sociale et le travail, Genève, 1996.
CLEMENT, M., Introduction à la doctrine sociale catholique , Montréal-Paris, 1951.
CLEMENT, M., La doctrine sociale de l'Eglise est-elle applicable ?, Paris, 1985.
CONFEDERATION DES JURISTES CATHOLIQUES DE FRANCE, Actualité de la doctrine sociale de L'Eglise, Paris, 1982.
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COULET, P.A.E., L'Eglise et le problème social, Paris, 1928.
CUADRON, A. A., (dir.), Manual de Doctrina social de la Iglesia, Madrid, 1993.
DAUJAT, J., L’ordre social chrétien, Paris, 1970.
DESROCHERS, J., El mensaje social de la Iglesia, Madrid, 1986.
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II Articles récents sur l’enseignement social chrétien

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BONIN, P.-Y., « La justice en tant qu’impartialité »: Revue de Métaphysique et de Morale 1 (1997) 135-146.
CAMPANA, 0., « La doctrina social de la Iglesia ante la globalizacion »: Didascalia (Argentina) n. 51 (1997) 6-10.
CAMPANINI, G., « Il magistero sociale della Chiesa nella realtà sociale contemporanea »: Rivista di Teologia Morale 29 (1997) 371-380.
CARONELLO, G., « Solidarietà e giustizia nel futuro comune »: Il Regno 42 (1997) 148-151.
EDITORIAL, « Chiesa e stato sociale »: Aggiornamenti Sociali 48 (1997) 533-536.
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GALINDO GARCIA, A., « Lugar de la Doctrina Social de la Iglesia en la Teología Moral »: Carthaginensia 13 (1997) 51-72.
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HOLLENBACH, D., « Mercantilismo y doctrina social de la Iglesia »: Concilium 270 (1997) 293-305.
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LOBO, J. A., « Disidencia y democracia »: Estudios Filosoficos (Valladolid) 46 (1997) 395-425.
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ONOFRI, P. - MOSCONI, F., « Il nuovo stato sociale: equo e compatibile »: Il Regno 42 (1997) 367-372.
PAPINI, R. - PAVAN, A., « L’Europa nel mondo: sfide per il pensiero social-cristiano »: Aggiornarnenti Sociali 48 (1997) 413-426.
PATTIN, B, « To Recommence Where Rorty leaves of » : Ethical Perspectives 4 (1.997) 171-179.
POLTIER, H., « La justice peut-elle naître du contrat social? »: Revue de Theologie et de Philosophie 129 (1997) 141-160.
PREZZI, L., « Dottrina sociale per l’Europa futura. ( I documenti degli episcopati di Ungheria, Germania e Gran Bretagna sulla questione sociale »): Il Regno 42 (1997) 321-325.
RAUSCHER, A., « Katholische Soziallehre im Spannungsfeld zwischen Kirche und Gesellschaft »: Die Neue Ordnung 51 (1997) 225-234.
ROSAS, J., « Justiça e pluralismo: o novo desafio de John Rawls »: Revista Portuguesa de Filosofía 53 (1997) 551-565.
SÉGUY, J., « Christianisme, économie et société (1) »: Revue de l’Institut Catholique de Paris 64 (1997) 3-31
WILHELMS,G., « Wie kann "systemische Verantwortung " gedacht werden? »: Ethica. Wissenschaft und Verantwortung 5 (1997) 167-191.
WILKINS, B. T., « A Third Principle of Justice »: The Journal of Ethics 1 (1997) 355-374.

 

III OUVRAGES RECENTS SUR LE TRAVAIL

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BERNARD BRUNHES Consultants (sous la dir. de Danielle Kaisergruber), Le temps de travail de ceux qui ne le comptent pas : l'exemple des autres pays, Paris, 1999.
BERNARD BRUNHES Consultants, L'Europe de l'emploi, ou comment font les autres, Paris, 1994.
BORMANS , C., Relations de travail et mondialisation, Paris, 1996.
BRESSON, Y., Le partage du temps et des revenus, Paris, 1994.
CALVEZ, J-Y., Nécessité du travail, disparition d'une valeur ou redéfinition ?, Paris, 1997.
CENTRE DES JEUNES DIRIGEANTS, Construire le travail de demain, Paris, 1995.
CERAS, Le discours social de l'Église catholique de Léon XIII à jean Paul II, Paris, 1994.
CETTE, G., Temps de travail, modes d'emplois, Paris, 1994.
CLOT, Y., Le travail sans l'homme? : pour une psychologie des milieux de travail et de vie, Paris, 1995.
COMMISSION SOCIALE DE L'EPISCOPAT (éd.), Face au chômage changer le travail, Paris, 1993.
CONFERENCE NATIONALE DES EVEQUES DU BRESIL (CNBB), Igreja, Comunhão e Missão, Itaipi, 1988.
COTTEREAU, A., et coll., Justice et travail, Paris, 1998.
DE COSTER , M. et coll., Sociologie du travail et gestion des ressources humaines, Paris, 1999.
DE MASI, D., Il futuro del lavoro : fatica e ozio nella società postindustriale, Milano, 1999.
DERUDDER , P.,: La renaissance du plein emploi ou la forêt derrière l'arbre, Paris, 1997.
Deutsche Bischofskonferenz, Evangelische Kirche in Deutschland, Für eine Zukunft in Solidarität und Gerechtigkeit, Hannover/Bonn, 1997.
ERBES-SEGUIN, S., La sociologie du travail, Paris, 1999.
FERRY , J-M., L'allocation universelle, Paris, 1996.
GUEDJ, F., VINDT , G., Le temps de travail : une histoire conflictuelle, Paris, 1997.
HEGEL, G. W. F., Gesammelte Werke, Meiner, Hamburg, 1976.
HOLCMAN, R., Le chômage : mécanismes économiques, conséquences sociales et humaines, Paris, 1997.
IRISH EPISCOPAL CONFERENCE , Work is the key, toward an Economy that needs everyone, Dublin, 1992.
LARROUTUROU, P., Pour la semaine de quatre jours : sortir du piège des 35 heures , Paris, 1999.
LENGELLE, M., L'esclavage moderne, Paris, 1999.
MARX, K., Gesamtausgabe, Berlin, 1998.
MEDA, D., Le partage du travail, Paris, 1997.
MEDA, D., Le travail : une valeur en voie de disparition, Paris, 1995.
Ministère de l'emploi et de la solidarité, Durée, réduction et aménagement du temps de travail, Paris, 1999.
New Zealand Catholic Bishops' conference, Some Concern about employement, Wellington, 1998.
OIT, Un travail décent, 87e session 1999, Genève, 1999.
OLSZAK, N., Histoire du droit du travail , Paris, 1999.
PASSET, R., Production, emploi, revenu : le divorce, Paris, 1989.
PELISSIER, J., Droit de l'emploi : insertion, réinsertion, recrutement, contrats de travail, main-d'oeuvre extérieure, maintien dans l'emploi, modification de l'emploi, licenciements, autres modes de rupture, chômage, Paris, 1996.
PEPIN, M., Le Roux, Y., L'organisation du temps de travail, Paris, 1997.
PERRET, B., L'avenir du travail, Paris, 1995.
RAMOS, J-M., "La vie à contretemps : de la gestion des désynchronisations aux représentations du temps, in: Social science information (1997; 36, 1), 61-80.
SCHMID, H., Evaluation monétaire du travail non rémunéré : une analyse empirique pour la Suisse basée sur l'enquête suisse sur la population active, Neuchâtel (Office fédéral de la statistique), 1999.
SCHNAPPER, D., La communauté des citoyens, Paris, 1995.
SUE, R., Temps et ordre social, Paris, 1994.
TADDEI, D., Réduction de la durée du travail, Dublin, 1998.
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4. L’actualité de l’enseignement social chrétien.
    Méthode et démarches

        Par Roger BERTHOUZOZ, O.P.

Le souci des plus pauvres, des marginaux et des exclus est tellement au coeur de l’Evangile et de l’annonce du Règne de Dieu qu’il fait l’objet de la première béatitude (Lc 6, 20; Mt 5, 7). L’Evangile de Matthieu le signifie comme critère du jugement dernier (Mt 25, 31-46) avec tout le poids donné aux ultimes paroles de Jésus avant sa passion et sa résurrection. Présent dans les premières communautés chrétiennes, il se développe à mesure que progresse l’évangélisation et s’ouvre aux problèmes posés par les structures mêmes de la société, dans l’Empire romain, en ce qu’elles avaient d’injuste produisant la misère et l’exclusion .

 A chaque époque de l’histoire, le peuple de Dieu et ses pasteurs ont manifesté la conscience des responsabilités sociales engagées par la foi et le commandement de l’amour inconditionnel du prochain, particulièrement de celui qui est en situation de détresse (cf. Lc 10, 29-37). A l’époque moderne, la question sociale, devient plus urgente à la suite de la révolution industrielle et prend une extension nouvelle avec l’émergence du prolétariat ouvrier. Les circonstances politiques déterminées par la Révolution française rendront plus difficile le discernement dans l’action de l’Eglise. Les conditions de vie et la misère effrayante des ouvriers susciteront l’engagement déterminé de laïcs, de prêtres et d’évêques, peu suivis d’abord par l’ensemble des communautés chrétiennes en raison de la confusion des intérêts politiques, mais écoutés dans la mesure où leur parole prophétique dénonçait une situation intolérable. L’Encyclique « Rerum Novarum » (1891) de Léon XIII recueille ce qu’il y a de meilleur et de plus pertinent dans cette réflexion et surmonte l’alternative qui divisait les esprits entre un front conservateur, le catholicisme libéral et un socialisme doctrinaire. L’Encyclique inaugure, de façon systématique une approche qui va marquer tout l’enseignement social chrétien durant notre siècle. Elle se caractérise par une triple attitude :

elle propose une doctrine positive en abordant la question sociale à propos de la condition des ouvriers, ne se limitant pas à condamner les erreurs (celles du socialisme doctrinaire et du libéralisme sauvage) mais en énonçant les exigences chrétiennes en matière d’économie et de politique ;

elle veut réconcilier l’Eglise et le monde moderne issu des mutations du XIXe siècle en ces domaines ;

elle affronte les problèmes sociaux qui demandent une action de la part des chrétiens et dans toute la société, aussi bien au niveau des institutions de l’Etat qu’à celui des groupes constitués, en particulier des patrons et des ouvriers. Les éléments essentiels de la méthode et des démarches mises en oeuvre par l’enseignement social chrétien tout au long du XXe siècle sont présents dans le texte de Léon XIII. Nous les résumons dans le cadre limité de cette contribution.

Le fondement de l’enseignement social chrétien

Il est constitué par le message de la révélation tel qu’il nous est transmis dans la tradition vivante de l’Ecriture Sainte dont les pasteurs de l’Eglise en union avec le Pape, pasteur universel, ont la responsabilité ministérielle. Le Concile du Vatican II, dans la Constitution Gaudium et Spes (1965) dégage clairement ce fondement : « Le Concile, témoin et guide de la foi de tout le Peuple de Dieu rassemblé par le Christ, ne saurait donner une preuve plus parlante de solidarité, de respect et d’amour à l’ensemble de la famille humaine, à laquelle ce peuple appartient, qu’en dialoguant avec elle sur les problèmes fondamentaux qui se posent à l’homme et aux sociétés humaines, en les éclairant à la lumière de l’Evangile, et en mettant à la disposition du genre humain la puissance salvatrice que l’Eglise, conduite par l’Esprit Saint, reçoit de son Fondateur ».

C’est dans une attitude de dialogue, qui suppose l’accueil et l’écoute de l’autre que l’Eglise propose la lumière de l’Evangile qui éclaire, approfondit, radicalise les enjeux de l’existence humaine tels que les aperçoit la raison. Ainsi en ce qui touche à la dignité inaliénable de chaque être humain, les droits et les devoirs qui lui sont attachés, à son aspiration au « bien-vivre », toutes réalités que reconnaît et désire l’être humain de bonne volonté, le message de l’Evangile en dit le caractère inconditionnel, l’appel à les promouvoir pour tous les êtres humains. Il manifeste encore la vocation transcendante qui leur est adressée et son accomplissement au-delà de l’histoire dans la communion d’amour avec Dieu. Avec cette lumière, l’Eglise est porteuse d’une promesse, celle du soutien de la grâce, puissance de salut et assistance dans l’agir que donne le Christ et son Esprit qui est aussi Celui de son Père.

« Rerum Novarum » n°1, exprime encore autrement et de façon complémentaire le fondement de l’enseignement social chrétien. Les principes d’une solution aux problèmes posés sont à rechercher « dans la conformité à la vérité et à l’équité ». Ce fondement est ainsi désigné dans la capacité de la raison humaine à reconnaître ce qui est vrai et à établir l’équitable, orientée par les indications de la loi naturelle inscrite par la Sagesse divine dans la création. Elle exprime en effet le droit naturel de chaque être humain particulièrement et de ses sociétés. Beaucoup d’équivoques ont surgi à l’époque contemporaine à propos de l’utilisation des termes de « nature » et de « naturel » pour traiter de problèmes éthiques concernant la personne humaine et la société. La nature aujourd’hui désigne ordinairement la dimension organique de l’existence humaine marquée par le déterminisme, le hasard et la spontanéité vitale, préalables à l’action personnelle et susceptibles de la conditionner. Dans la tradition de pensée de la théologie catholique au contraire, surtout celle qui se réfère à St.Thomas d’Aquin, la « nature humaine » et le « droit naturel » concernent l’homme dans la triple dimension de son existence naturelle, culturelle et de liberté. Elle exprime à la fois la capacité originale et commune à chacun(e) de chercher et de connaître la vérité par sa raison ainsi que celle d’établir des relations justes avec ses semblables, sans nier les différences légitimes qui existent entre les cultures et les projets de société. Le sens de la référence au droit naturel, dans les documents du Magistère, est de manifester le terrain commun d’une délibération et d’une attestation de valeurs que peut reconnaître la raison, ainsi, de façon exemplaire, la reconnaissance des droits de la personne humaine qui ne sont d’aucune manière institués par la société.

L’enseignement social chrétien se présente donc comme une confrontation permanente de toutes les réalités vécues dans la société avec la lumière et le soutien de la grâce de l’Evangile en vue d’établir plus de justice et de paix entre les humains, selon le dessein et la volonté de Dieu. Il est à peine besoin de dire que si ce dessein est constant en sa source transcendante, il est contingent dans sa réalisation et ne suit pas les voies d’un progrès continu. Des problèmes entièrement nouveaux surgissent, comme l’a été le développement de la condition ouvrière au XIXe siècle, ou la prise de conscience du caractère mondial de la question sociale au moins dès le milieu du XXe siècle. Dans le cadre de la civilisation scientifique et technique, succède aux trente « glorieuses » une crise aggravée par la ruine des systèmes de planification centrale en Europe centrale et orientale. Cette crise débouche sur un malaise social de plus en plus inquiétant. Malgré leurs richesses, nos sociétés connaissent un chômage croissant, des phénomènes d’exclusion avec une désarticulation de la solidarité et l’effacement de valeurs qui leur ont donné vie et dynamisme durant les dernières décennies. L’érosion du sens et la perte de référence est au coeur de ce malaise social. L’actualité de l’enseignement social chrétien se mesurera à l’horizon d’espérance et à l’engagement nouveau qu’il pourra susciter parmi les chrétiens et les hommes de bonne volonté.

 La méthode de l’enseignement social chrétien

Nous venons d’évoquer un certain nombre de situations qui ne rendent pas justice à l’humain et qui font problème. La première tâche de l’enseignement social est celle d’une analyse sérieuse de la réalité considérée, en particulier des déficiences qu’elle présente, des insatisfactions voire des dénis de justice que l’on peut objectivement constater. Il s’agit ensuite de dégager les problèmes et les questions posés du point de vue éthique par cette analyse de la situation. La recherche d’une orientation pratique pour la faire évoluer positivement entraîne la question de savoir quelle doit être l’action à entreprendre et celle-ci en comprend une autre, celle de choisir et de mettre en oeuvre des moyens qui soient justes c’est-à-dire respectueux des droits et des devoirs des personnes et des groupes.

Ainsi, du point de vue éthique, à partir de l’analyse de la situation et pour définir des orientation pratiques, la méthodologie de l’enseignement social comportera trois moments de référence et de réflexion, qui ont été indiqués par Paul VI dans la lettre « Octogesima adveniens » (1981) n° 4 : « Il revient aux communautés chrétiennes d’analyser avec objectivité la situation propre de leur pays, de l’éclairer par les paroles inaltérables de l’Evangile, de puiser des principes de réflexion, des normes de jugement et des directives d’action dans l’enseignement social de l’Eglise tel qu’il s’est élaboré au cours de l’histoire ».

Dans un premier moment il s’agira de dégager les principes fondamentaux, fondés sur la foi et la révélation qui mettent en évidence les valeurs et les exigences inconditionnelles de justice à inscrire dans la contingence des cultures et de l’histoire.

Le premier de ces principes fondamentaux est celui de la dignité inaliénable de chaque personne humaine, créée « à l’image de Dieu » (Gn 1, 26-27) et des droits imprescriptibles qui lui sont attachés. Le caractère absolu de la dignité humaine est fondé sur la foi en la création, mais il n’est pas inaccessible à la raison, ainsi qu’en témoignent les Déclarations des droits de l’homme, en particulier celle de l’ONU (1948) sans référence explicite à Dieu Créateur ou à un Absolu transcendant. On voit ici qu’il n’y a pas d’opposition entre la reconnaissance de droits fondamentaux par la raison et le message de la Révélation. Jean XXVIII le notait expressément dans « Pacem in terris » (1963) nn. 9-10. Il y va plutôt d’une radicalisation du fondement reconnu et confessé de la dignité humaine. Parmi les principes fondamentaux mis en oeuvre dans les documents du magistère pontifical et épiscopal on peut noter : la socialité ou cohumanité (Mitmenschlichkeit) qui caractérise l’être humain, envisagé non comme un individu abstrait, mais toujours engagé dans des relations humaines et sociales (conjugalité en Gn 1, 27 ; 2, 18-25 ; filiation ; appartenance à un groupe humain ou à une cité etc...) ; le bien commun comme fondement de l’ordre socio-politique ; la solidarité et la subsidiarité comme principes régulateurs de la vie sociale ; le principe de communauté sociale comportant le primat des personnes sur les structures et les institutions ; la participation sociale ; la destination universelle des biens de la terre ainsi que toutes les valeurs de justice qui s’expriment au travers de ces principes. La réflexion visant à cerner les enjeux éthiques fondamentaux et les valeurs à promouvoir devra s’établir sur un système de principes convergents applicables à la question étudiée.

En un deuxième moment ces principes fondamentaux doivent pouvoir s’appliquer à des personnes et à des sociétés dans la contingence de leur culture et de leur histoire. Ce sera le lieu d’élaborer des normes pratiques qui visent à mettre en relation l’absolu des principes et le relatif des situations. Ainsi, par exemple, dès « Rerum Novarum » s’est posée la question d’articuler le principe de la destination universelle des biens de la terre et le régime de la propriété privée à l’origine de la condition misérable des populations ouvrières, en raison de la pratique adoptée par les patrons industriels. Léon XIII définit alors comme norme pratique, de droit naturel, le droit de propriété privée et cela contre le rejet de cette institution par le socialisme (cf. « Rerum Novarum » n° 7) et simultanément il établit le droit du travail, qui donne lieu à d’autres normes pratiques liées à l’évolution intervenue avec l’apparition de l'emploi industriel. Ces normes pratiques sont constantes, c’est-à-dire applicables à toutes les situations humaines où se pose la question envisagée, ici celle de la propriété privée et celle du droit des travailleurs. Le problème sera d’assurer la cohérence des différentes normes pratiques orientant le jugement éthique.

Enfin, à un troisième niveau, il s’agit d’énoncer des directives d’action s’inspirant des principes fondamentaux et orientées par les normes pratiques. Il s’agit de concrétiser le jugement éthique dans la décision et l’action effective. Se pose en particulier la question des moyens mis en oeuvre et surtout le redoutable dilemme du préférable, là où il n’y a pas la simple alternative d’une action bonne et d’une action mauvaise. A ce troisième niveau doivent être affrontés aussi les conflits de conscience et de valeurs, ainsi lorsqu’il faut choisir de sauver la vie d’une mère ou celle de son enfant ou lorsqu’il s’agit d’assurer le bien ou les droits légitimes d’une minorité et ceux de la majorité. L’enjeu est de rendre justice à l’humain et de prendre en compte la réalité telle qu’elle est, en vue d’y inscrire des espaces de dignité, de respect, de liberté et de justice sociale. Il est important de constater que la visée des directives d’action demeure l’inconditionnel des principes et la constance des normes, mais leur validité sera conditionnelle et relative à une situation particulière. Il arrive en effet que face à un même état de fait et mettant en oeuvre les mêmes normes, la question concrète de l’agir juste reçoive des réponses légitimement différentes.

Conclusion

Dès ses origines modernes, l’enseignement social de l’Eglise relève de la responsabilité pastorale du Pape et des évêques. Essentiellement parce qu’il appartient à leur mission d’évangélisation de dire une parole afin que la dignité de l’homme qui est le premier des principes fondamentaux soit respectée, rétablie là où elle est bafouée et promue dans toutes les sociétés ainsi que le rappelle avec insistance Jean-Paul II, à la suite de ses prédécesseurs, du Concile du Vatican II et du Synode des évêques sur la justice (1971)(cf. « Sollicitudo rei socialis » n°41).

Suivant les indications de Paul VI, dans la lettre « Octogesima adveniens » citée plus haut, l’activité des évêques et des conférences épiscopales est non seulement reconnue par le Pape, en matière d’enseignement social, mais elle est exigée pour les situations variées dans lesquelles vivent les chrétiens qui rendent difficile l’énoncé d’une parole unique et la proposition de solutions qui aient valeur universelle. « Telle n’est pas notre ambition, ni même notre mission » dit Paul VI (cf. lettre citée n°4). C’est ainsi que, surtout à partir du Concile du Vatican II, mais en fait dès la publication de « Rerum Novarum » s’est développée l’expression du magistère épiscopal en matière sociale, dans chaque continent. Le Centre de documentation et de recherche en éthique sociale chrétienne de l’Université de Fribourg a élaboré un Répertoire de ces documents depuis un siècle, qui marque la vitalité et l’actualité de ces interventions. Il demeure que toutes les communautés chrétiennes en solidarité avec les hommes et les femmes de bonne volonté sont appelées à l’engagement et à la réflexion pour que se réalise le dessein d’amour de Dieu dans nos sociétés et que s’accomplissent, dans la justice, leurs aspirations.

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